CORREZE, SON HISTOIRE

Si les vestiges préhistoriques identifiés sont rares sur le territoire de la commune, les traces de la période gallo-romaine ne manquent pas : fragments de tuiles à rebord des villae, empreintes de voies romaines, toponymie…La 1ère mention historique remonte au IXème siècle où, en 879, deux époux, Sicard et Ingenselde, donnent au monastère de Beaulieu une église qu’ils possèdent, au bord de la rivière.

C’est dans les dix siècles du Moyen Age que la cité prend corps et se dote des premières maisons fortes dont l’élément le plus ancien semble être l’angle nord de la maison Florentin. Les convoitises dont ses terres font l’objet, le siège qu’en font les Anglais qui incendient l’église vers 1350 et les franchises communales accordées par Charles V au XVème siècle témoignent de l’importance de Corrèze dans la région.

Avec le XVIème siècle et la Renaissance, la cité connaît un essor qui marque encore ses pierres. Elle se dote d’une architecture de type urbain. De fortes maisons bourgeoises apparaissent avec frontons, pilastres, frises, coquilles Saint Jacques (chemin de St Jacques de Compostelle), signes d’une prospérité évidente. La population évolue. Les petits nobles, les bourgeois (marchands, médecins, apothicaires), les détenteurs d’offices judiciaires (juges, notaires, avocats) viennent vivre à Corrèze pour profiter de la sécurité de l’enceinte.

Elle connaît aussi les malheurs de l’époque, en particulier les Guerres de Religions. En 1595, les Ligueurs « vinrent attacher le pétard » à ses portes et s’emparèrent des cloches pour fondre des canons.

La Révolution, qui en fit un chef-lieu de canton, ne fut jamais sanglante en ses murs, mais elle donna lieu à une agitation qui vit l’église transformée en salpêtrière et la chapelle des Pénitents en salle de réunion de la société républicaine.

Au XIXème, siècle de progrès économique et social, la population s’accroît jusqu’à 1894 habitants, en 1896. La route principale est aménagée sous la Monarchie de Juillet. L’instruction publique se développe (Il y a alors concurrence entre public et privé).

Corrèze connaît une terrible saignée avec la Grande Guerre. L’arche du monument aux morts rappelle les noms de 103 de ses enfants tombés au front. La commune déplore ensuite une forte érosion démographique comme la plupart des bourgs corréziens. Aujourd’hui, avec ses 1150 habitants et une reprise enregistrée lors des derniers recensements, elle espère enrayer ce déclin.

La mairie actuelle, achevée en 1939, au début de la seconde Guerre Mondiale, a la particularité, rare en France, de n’avoir jamais été inaugurée.

SON PATRIMOINE

Eglise Saint Martial (XIIème, XIIIème et XVème siècles)

D’origine romane comme en attestent ses contreforts (côté rue Talin), elle a été maintes fois remaniée à la suite des destructions dues en particulier aux guerres, comme la Guerre de Cent Ans. C’est ainsi que l’intérieur présente des parties gothiques.

Le clocher hexagonal sur forte tour carrée dit « anglais » (par ressemblance avec ceux de certaines régions d’Angleterre comme le Yorkshire) a subi, à plusieurs reprises, les dommages de la foudre comme le 17 janvier 1721 où les dégâts furent tels qu’il dut être rebâti.

Faute de place dans l’enceinte de la ville, l’église Saint Martial n’a jamais développé de transept. Seules extensions latérales, trois chapelles ont été aménagées, côté nord, sur l’emplacement de l’ancien cimetière. Elles furent réunies à la fin du XIXème siècle, formant un bas-côté de style roman.

 

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Cette église abrite un retable, une statue de saint Jacques (XVIIème siècle ; CLMH 15/01/1970) en bois polychrome, une statue de Marie-Madeleine (XVIIème siècle ; CLMH 12/03/1976), une piéta (XVIème siècle), un saint Léonard (XVIIème siècle ; CLMH 15/01/1970 et une très belle chaire (XIXème siècle) en bois , sculptée de bas-reliefs représentants les quatre Evangélistes accompagnés des figures symboliques qui sont empruntées à l’Apocalypse de saint Jean (un jeune homme pour st Mathieu, un aigle pour st Jean, un lion pour st Marc, un taureau pour st Luc).

Retable de l’église Saint Martial (fin XVIIème, début XVIIIème ; CLMH 27/02/1926)

Le prieur Teyssier légua en 1686 la somme de 400 livres pour la réalisation d’un retable dans son église. Après trois réunions des paroissiens (17 novembre 1688, 17 et 24 avril 1689), au cours desquelles le choix du sculpteur, des statues et des panneaux historiés fut fait, le retable fut commandé à Jean Tournié, maître sculpteur de Gourdon (Lot). Réalisé, posé et doré entre 1692 et 1714, il fut restauré en 1988 par maître Karoutsos. La remise en état dura trois ans.

Le retable s’organise en plusieurs tableaux autour de l’image centrale de la Crucifixion. Les couleurs et dorures éclatantes sont dans le ton de l’Eglise triomphante de la fin du Grand Siècle et de l’apogée du Baroque flamboyant.

Litre funéraire des Lévis-Ventadour

Lors de la restauration du retable, après un oubli de trois siècles, cette litre aux armes des Lévis-Ventadour fut découverte derrière le retable, sur le mur. Elle a été peinte à l’occasion du décès, en 1622, d’Anne, duc de Ventadour, et complétée pour le décès de son fils, le duc Charles, en 1649. Depuis juillet 2014, un panneau de présentation de la litre, réalisé par l’association Histoire et Patrimoine de Corrèze et ses environs, permet au public de découvrir cet élément peu connu du patrimoine.

Porte Margot (XVème siècle ; CLMH 26/01/1927)

Elle est le vestige le plus emblématique du passé de Corrèze. De son système de défense, elle n’a gardé qu’un seul mâchicoulis et six corbeaux. Un chemin de ronde passait à son sommet. Au centre, une statue de Saint Martial, saint patron de la cité, accueille le visiteur.

Elle connut le siège des Ligueurs du baron de Gimel, en 1595, et celui des bourgeois de Tulle, en 1602, « pour une affaire de gros sous » selon A.Paucard (1992). Sa belle architecture militaire s’avéra peu efficace puisqu’elle fut violée par deux fois.

Enceinte de la ville fortifiée (300 m de diamètre)

-Maison Florentin (angle des rues Leynia de la Jarrige et J.B Chèze)

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Elle correspond à un angle des maisons fortes où a pu exister un donjon, résidence possible des chevaliers de Corrèze (Champeval). Sur les façades des maisons qui longent la rue J-B Chèze (ancien fossé sec), on peut voir les évolutions successives. Formant initialement un mur hermétique avec seulement quelques meurtrières et une échauguette, elles furent percées d’ouvertures aux XVIIIème et XIXème siècles.

-Ancienne tour du chemin de ronde (au sud de l’église)

Jean Meynard de la Farge, ancien conseiller du Roy auprès du parlement de Bordeaux, « le plus riche bourgeois de son temps » (d’après A.Paucard), vécut ici et mourut presque centenaire ( XVIIème-XVIIIème siècles).

Des souterrains partaient de l’église et permettaient d’accéder à l’extérieur de l’enclos. Hors de l’enceinte, en particulier devant les portes d’accès, se trouvent des maisons fortes qui servaient de défense avancée.

-Maisons Renaissance (ne se visitent pas)

– Hôtel Terriou (XVIIe)

La date de 1667 indique une construction du XVIIème siècle, cependant le décor de la façade est Renaissance. Elle fut habitée par Jean Leymarie, maître apothicaire au XVIIème siècle.

– Maison « Mas » (XVIe)

Au chevet de l’église, cette maison, autrefois auberge, présente une superbe porte Renaissance avec tympan triangulaire, coquille St Jacques, pilastres et frise dorique.

– Maison « Magne » (place de l’église)

Elle offre un décor Renaissance avec coquille St Jacques.

-Maison « de Rohan »

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Du nom d’un faux duc de Rohan-Ventadour. A l’intérieur, bel escalier et magnifiques cheminées.

– Maison Talin (à l’entrée de la rue du Barry)

Elle porte sur un linteau la date de 1591. La famille Talin faisait partie des grandes familles de Corrèze ; elle donna de nombreux ecclésiastiques comme le montrent les crosses d’évêque sculptées sur le linteau.

Pierre Talin, maître canonnier à bord de « la Boussole », accompagna La Pérouse et disparut quelques mois avant lui et ses compagnons, sur l’île Maouna (archipel des Samoa) le 11 décembre 1787. La première version du film « Poil de Carotte » fut en partie tournée sur la façade opposée dans les années 1930.

– Maison natale de Jean-Baptiste Chèze (rue Leynia de la Jarrige)

Auteur de nombreux textes en langue limousine, J-B Chèze (1870-1935) laisse une œuvre abondante qu’un public averti cite encore.

– Chapelle Notre-Dame du Pont du Salut (XVème siècle, restaurée aux XVIIIème et XIXème siècles)

La première chapelle a été bâtie au XVème et profondément modifiée par les restaurations des XVIIIème et XIXème siècles. Ce sanctuaire est le but d’un pèlerinage annuel, le 8 septembre, en l’honneur de la Vierge, dont la chapelle abrite une représentation vénérée.

Statue de Notre-Dame du Pont du Salut (XVème siècle, CLMH 25/06/1925)

Au XVème siècle, un maçon, Pierre Dulaurent, du village voisin de Reygnac, rapporte d’Espagne cette statue en pierre polychrome, trouvée par lui dans une étable au pavage de laquelle il travaillait. Cette découverte serait à l’origine du sanctuaire édifié en ce point de franchissement de la rivière.

La Vierge, richement vêtue, à la chevelure abondante, porte l’enfant sur son bras gauche dans une attitude empreinte de tendresse maternelle.

Pendant la Révolution, la statue fut cachée dans une ruche afin de la soustraire à une éventuelle vindicte révolutionnaire, d’où la ruche d’or sur fond d’azur du blason de Notre-Dame du Pont du Salut.

– Pont de la chapelle du Pont du Salut (XVIIIème siècle)

D’allure médiévale, ce pont fut, en réalité, édifié au XVIIIème siècle et porta les armoiries de Monseigneur de Beaupoil de Saint-Aulaire, évêque de Tulle de 1702 à 1720,

qui participa au financement de sa construction, à l’emplacement d’un ancien gué.

– Chapelle des Pénitents blancs (XVIIIème siècle, IMH 31/05/1988)

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Elle fut édifiée au XVIIIème siècle, de 1730 à 1781 (date de sa consécration), par une confrérie de Pénitents blancs fondée en 1725 pour succéder à une confrérie du Saint Sacrement. Pendant la Révolution, elle devint le siège des assemblées de citoyens. Les Pénitents blancs, alors interdits, reprirent leurs activités en 1806, pour disparaître au début du XXème siècle.

D’une grande sobriété architecturale, sa façade est surmontée d’un clocher hexagonal. Elle abrite quelques œuvres intéressantes : fresques datées de 1819, chaire en bois du XVIIIème siècle (IMH 01/06/1976) et de style Louis XV avec motifs en marqueterie, statue de Saint Jean-Baptiste (IMH 16/01/1991), statue de la Vierge au serpent (IMH 16/01/1991) et bâtons insignes des Pénitents blancs (IMH 20/10/1989). Les vitraux ont été réalisés par le maître verrier C.Borie en 1937. Celui de l’oculus représente l’agneau divin, emblème de la confrérie.

Monument aux morts (juin 1921)

Celui-ci, fait assez rare, a des allures d’arc de triomphe. En fait, son arche est inspirée de la Porte Margot (elle-même un moment pressentie) et enjambe une allée qui conduisait, à l’époque de son édification, aux écoles publiques. L’intention des concepteurs était que les enfants, au passage, aient une pensée pour les soldats de la commune morts pour la patrie.

En outre, de nombreuses croix jalonnent le territoire de la commune, telles la croix du cimetière (fin XVème, début XVIème siècle) ou celle de Brousse, croix du Saint Sacrement (XVIIème siècle), ou celle potencée de Maleret, ou celle fleurie du Peuch.

Enfin, les hameaux (appelés « villages ») offrent de beaux exemples d’architecture vernaculaire (fours à pain, pignons à redans, puits…)